Partager l'article ! De la résistance d’un écu triangulaire au combat…: Vaste débat, que cette question ! Si nos musées et autres regorgen ...

Si nos musées et autres regorgent de targes et pavois, il en est autrement des écus « triangulaires » des XIIIe et XIVe siècles. Seule une trentaine d’exemplaires, en Allemagne, Suisse, Autriche, Espagne ? et Angleterre, nous sont parvenus dans un état de conservation acceptable. Il s’agit, dans la majorité des cas de pièces d’exception, de parade ou d’écus funéraires, dont la construction semble éminemment fragile.
Le mode d’assemblage des planches (du tilleul le plus souvent), par exemple, pose question. Le collage champ contre champ représente la presque totalité des exemplaires qui ont fait l’objet d’une analyse un peu poussée. Le recouvrement recto/verso, de toile, cuir cru ou « parchemin » est relativement fin dans la majorité des cas. Les armes, souvent modelées dans un enduit à la craie, en reliefs, sont fragiles.
Au vu de ces constatations, la majorité des auteurs considèrent ces écus comme n’étant pas destinés au combat. Où sont alors les « vrais » boucliers de combat ?????
Curieusement, dans la majorité des cas également, ces boucliers étaient entièrement équipés, avec énarmes et quelquefois guiche. L’un de ces boucliers, celui de Seedorf (Zürich) présente même des traces de coups.
Je pense, pour ma part, que ce sont les mêmes. Un bouclier n'est qu'un compromis entre légèreté, donc maniabilité, et solidité : il ne peut donc pas être durable. Je considère qu’un bouclier est ce que l’on appellerait aujourd’hui, un consommable ! Il devait, à l'époque, résister à quelques engagements sérieux puis être remplacé ou réparé (certains écus montrent des réparations, reprises etc...)
Une reconstitution de grand bouclier triangulaire en tilleul, équipé, de 90x60cm, recouvert de deux couches de toile et une couche de cuir cru recto, plus une couche de cuir verso, avoisine les 5 kg ! Même soulagé par la guiche, le bras reste largement sollicité.
Comment un bouclier, quelle que soit sa structure, pourrait-il résister durablement à une lourde épée de taille ou mieux encore, à une hache de guerre, tout en restant maniable ?
Et pourtant un collage champ contre champ à la colle à l’os montre, à l’usage d’une reconstitution, qu’il résiste bien aux coups répétés et que les planches cassent le plus souvent à côté du collage. Le tilleul, aux courtes fibres qui s’écrasent plutôt que de se fendrent, est particulièrement bien adapté à cette usage.
Nous, par contre et pour cause, voulons que les boucliers résistent ad vitam eternam : entraînement, démo, combat, reconstitution par tous les temps, etc… ce qui dans l'absolu, est incompatible avec les matériaux disponibles à l'époque.